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Etude de cas

Est-ce que la formation est nécessaire? Cas n°1

L'infirmière Kaboré, une infirmière-sage-femme en poste en milieu rural, était en train de rassembler des statistiques sur les services pour faire son rapport annuel destiné au Ministère de la Santé. Au moment où elle complétait les données sur les références adressées au centre de santé par les volontaires du programme de planification familiale et les accoucheuses traditionnelles, elle s'est rendue compte qu'une des accoucheuses traditionnelles qui avaient été formées avec un groupe de cinq membres n'avait fait que trois références, tandis que chacune des autres en avait fait au moins, une vingtaine. La sage-femme Kaboré se mit à réfléchir quand il lui vint à l'esprit qu'à l'époque où elle formait ces accoucheuses, il y a six mois, cette accoucheuse-là, Ouedraogo, s'était montrée moins enthousiaste que le reste. Elle se promit alors d'en discuter avec Ouedraogo lors de sa prochaine visite de supervision.

Trois semaines plus tard la sage-femme Kaboré arriva au village de Ouedraogo. Après avoir partagé une boisson rafraîchissante avec Ouedraogo, Kaboré lui demanda comment allaient les choses. Ouedraogo répondit qu'elle avait assisté des femmes pour un certain nombre d'accouchements, mais que ces deux derniers mois, deux enfants sont décédés. «Ils étaient tous deux très petits, les pauvres», déclara Ouedraogo.

La sage-femme Kaboré demanda à observer une visite à domicile conduite par Ouedraogo; et elles se rendirent à pied à un domicile proche pour une visite post-natale d'une mère de trois enfants de moins de quatre ans, qui avait accouché la semaine précédente. Après avoir examiné la mère et le bébé et lui avoir parlé de l'allaitement, Ouedraogo lui signifia que, pour sa propre santé et celle de ses enfants, elle devrait songer à attendre deux ans avant d'en avoir un autre. Elle fournit à la mère des explications claires et simples des différentes méthodes de contraception, et voyant que la femme s'y intéressait vraiment, Ouedraogo lui remit une fiche de référence pour qu'elle se présente au poste de santé.

Au moment où elles retournaient chez Ouedraogo, la sage-femme Kaboré lui dit, «vous avez fait un très bon travail. Votre visite a été complète, et vous avez mis l'accent sur l'importance de la pratique de l'allaitement au sein. Vos explications sur la planification familiale étaient excellentes. Je crois qu'elle ne manquera pas de venir au poste de santé pour la contraception. Mais il faut que je vous dise que je suis perplexe. Votre exposé a été très bon, ce qui prouve combien vous êtes efficace quand il s'agit d'intéresser les gens à la planification familiale, et pourtant vous n'avez fait que trois références au poste de santé pendant les six derniers mois. Comment expliquez-vous cela?»

Cette question mit Ouedraogo un peu mal à l'aise, et après une discussion de quelques minutes, la sage-femme Kaboré se rendit compte que Ouedraogo n'avait pas encouragé beaucoup de femmes à pratiquer la planification familiale car elle s'était dit que si les femmes avaient moins d'enfants, elle aurait moins de travail, donc moins de revenu.

La sage-femme Kaboré devait maintenant voir comment résoudre ce problème de performance: Devrait-elle envoyer Ouedraogo pour une formation approfondie axée sur les références pour la planification familiale? Enfin, elle décida d'utiliser «l'arbre de décisions» pour découvrir la cause du problème et déterminer si la formation était nécessaire ou non?

Quel est le problème de performance posé?

Ouedraogo n'encourage pas les clientes éligibles à pratiquer la planification familiale.

Cela est-il important?

Oui. Certaines femmes ont des naissances trop rapprochées, c'est pourquoi certains de leurs enfants naissent avec un faible poids et ont peu de chances de survie. Pour la santé des mères et des enfants, il faudrait un espacement des naissances d'au moins deux ans.

Est-ce que Ouedraogo a les compétences requises pour bien accomplir ce travail? (Pourrait-elle l'accomplir si sa vie en dépendait?)

Oui. Elle a fait un très bon exposé sur la planification familiale et sait comment référer les femmes au poste de santé.

Est-ce que Ouedraogo fait bien ce travail? Y a -t-il un inconvénient à le faire bien?

Non, elle ne fait pas bien son travail.

Oui, il y a un inconvénient pour elle à le faire bien car si toutes les femmes espaçaient les naissances elles auraient moins d'accouchements et donc elle aurait moins de revenus.

Ouedraogo, fait-elle mal son travail? Y a -t-il un avantage à le faire mal?

Oui, selon le point de vue de Ouedraogo, si elle n'envoie pas les femmes auprès des centres de planification familiale, elles auront plus d'enfants et elle aidera un plus grand nombre de personnes à accoucher et par conséquent, elle aura davantage de revenu.

Y a-t-il des obstacles au bon accomplissement du travail?

Oui. Elle ne voit pas l'importance de référer les femmes auprès des centres de planification familiale.

Au contraire cela risque de lui causer une perte de revenu.

Solution: lever les obstacles.

Après ces réflexions, la sage-femme Kaboré et Ouedraogo s'assirent pour discuter du problème.

«Vous connaissez toutes les raisons de santé qui font que les femmes doivent espacer les naissances, et je vous ai entendue les expliquer à votre cliente aujourd'hui», dit Kaboré. «Je comprends votre préoccupation relative à la perte d'une partie de vos revenus si vos clientes ont moins d'enfants, mais je pense que vous devriez voir comment le fait de référer les femmes auprès des centres de planification familiale peut vous aider. Si vous expliquez aux mères comment l'espacement des naissances peut améliorer leur santé et celle de leurs enfants, elles sauront que vous vous souciez plus de leur bien-être et de leur santé que de votre paiement, et ainsi elles vous respecteront davantage.» Ouedraogo avait l'air intéressée, mais elle avait quelques doutes. «Elles parleront probablement à leurs amies de cette gentille accoucheuse traditionnelle qui se soucie tellement d'elles et de leurs enfants», continua Kaboré, «et vous vous rendrez compte que vous aurez beaucoup plus de clientes. Nous pouvons discuter avec les autres accoucheuses traditionnelles pour en savoir plus sur leur propre expérience. Vous voulez essayer?»

«Très bien», dit Ouedraogo, «si leurs revenus n'ont pas baissé je vais essayer ce système.»


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